Registre vivant ou cimetière Excel

Tous les projets d’envergure ont un registre de risques. C’est exigé, audité, coché. Et pourtant, dans une majorité de projets que je croise, ce registre est mort — il a juste l’air vivant parce qu’on le projette encore en réunion.

Un registre mort est pire qu’aucun registre : il fournit une assurance de façade. La direction croit que les risques sont « gérés » parce qu’un fichier existe. C’est précisément ce faux confort que les enquêtes publiques démontent, projet après projet.

Les sept signes qui ne trompent pas

  • Les dates de revue sont échues. Des risques « à revoir en mars »… de l’année dernière. Personne n’a remarqué, parce que personne ne regarde.
  • Des propriétaires fantômes. Des risques assignés à des gens qui ont quitté le projet — ou qui ignorent qu’ils possèdent quoi que ce soit.
  • Aucune fermeture depuis des mois. Un registre sain respire : des risques se ferment (échus, mitigés, matérialisés), d’autres s’ouvrent. Un registre qui ne fait que grossir n’est pas suivi, il est accumulé.
  • Des énoncés d’une ligne, illisibles hors contexte. « Risque échéancier ». « Enjeu RH ». Si un nouveau venu ne comprend pas le risque en le lisant, le risque n’est pas écrit.
  • Aucun risque nouveau depuis le démarrage. Le projet évolue, le registre non. Il photographie les inquiétudes du kickoff, pas celles d’aujourd’hui.
  • Des actions sans date ni statut. Une mitigation sans échéance est un vœu pieux. Un registre plein de vœux pieux est un document de conformité, pas de gestion.
  • Personne ne le cite entre les réunions. Le vrai test : est-ce qu’une décision, une seule, a été prise ce mois-ci à cause du registre? Si la réponse est non, il ne sert à rien.

La santé d’un registre se mesure

La bonne nouvelle : chacun de ces signes se transforme en indicateur. Taux de champs complétés par risque. Pourcentage de revues à jour. Âge moyen des risques ouverts. Ratio d’actions datées. Écarts par propriétaire — parce que la santé d’un registre est presque toujours inégale : trois propriétaires exemplaires, deux trous noirs.

Mesurer change la conversation. Au lieu de « il faut mettre à jour le registre » (culpabilisant, vague, sans effet), on obtient : « Jean, tes huit risques ont 40 % de champs vides, et trois revues échues — lesquels ferme-t-on, lesquels met-on à jour? » C’est précis, actionnable, et étrangement bien reçu : les gens préfèrent un écart chiffré à un reproche flou.

J’ai fini par automatiser ce diagnostic — un tableau de bord de santé qui note chaque champ du registre, signale les écarts par propriétaire et indique ce que chaque correction « débloque » en aval (rapports de tendance, analyse quantitative, priorisation). Le premier passage sur un registre existant réserve toujours des surprises.

Par où commencer

Prenez votre registre cette semaine et comptez seulement deux choses : combien de dates de revue sont échues, et combien d’actions n’ont pas d’échéance. Ces deux chiffres suffisent à savoir si vous avez un outil ou un cimetière.

Et si vous voulez le diagnostic complet — les sept signes, mesurés champ par champ sur votre propre registre — écrivez-moi. C’est le genre d’exercice qui prend une heure et qui change la suite du projet.

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